Sarkozy : la forme et le fond.

Y aura-t-il, le moment venu, assez de Français pour donner un blanc-seing à Nicolas ?

Rien n'est moins sûr. Les Français dans leur majorité se déplacent du centre vers la périphérie, juste un peu, le moins loin possible. Peuple conservateur, pusillanime, qui a compris intuitivement qu'on pouvait avoir le cœur à droite et voter à gauche, le contraire étant tout aussi vrai ; que la gauche c'était l'immobilisme, la protection des corporatismes, la garantie d'une protection sociale tout azimut.

Les Français ont aussi découvert les vertus de l'alternance en politique. C'est le meilleur moyen de cumuler les avantages promis par les uns et par les autres, démagogie oblige. Chaque parti fait du clientélisme et ce qui n'a pas été accordé par la droite sera accordé par la gauche et vice-versa lorsque c'est un nouvel équipage qui pilote le bateau France. Tout le monde croit être gagnant mais cette surenchère conduit le pays à un inquiétant surendettement. On en arrive à emprunter pour payer les intérêts de la dette. Pas vraiment une gestion en bon père de famille ! Mais, les gouvernements qui se succèdent sont des sortes de multinationales, tellement sûres de leur légitimité et de la validité de leur choix. La seule sanction a un échec patent et à leur incapacité à tenir des promesses irréalisables, c'est celle des urnes. Cette règle ne décourage pas leurs composantes si l'on s'en tient aux nombres d'années durant lesquelles ils monopolisent les débats et le devant de la scène.

Nicolas Sarkozy est la main droite de l'UMP. Il part à la reconquête des voix qui se sont, ces dernières années, tournées vers le Front national et le MPF de De Villiers, des voix qui ont manqué à la droite traditionnelle pour asseoir autorité et légitimité. Nicolas Sarkozy a compris que les Français sont maintenant disposés à entendre un discours qui parle des problèmes de l'immigration et de l'insécurité. Les faits sont là, de plus en plus de Français sont confrontés avec les conséquences de cette triste réalité : notre politique de l'immigration est un échec, elle menace la paix civile. Le temps de la culpabilisation est passé. Certes, nous sommes les héritiers d'une histoire judéo-chrétienne chargée, d'un passé colonial qui n'est ni tout blanc ni tout noir… Il nous faut l'assumer, nous devons le transcender.

Avec son "karcher" et ses phrases à l'emporte-pièce, Nicolas a durci le débat, et c'est peut-être là son point faible. Si les Français, sensibilité par un quotidien douloureux et angoissant, sont prêts à écouter ses raisonnements, nombreux sont ceux qui se referment comme des huîtres lorsque le ton est outrancier. A dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, il prend des voix à l'extrême mais le disant trop haut et trop fort, il effraye ceux qui pantouflent dans le rond-rond des idées toutes faites : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, etc, etc…

Sur ce dossier de l'immigration et de l'insécurité, la gauche s'égosille. Elle cherche toujours à nous reprocher notre pseudo égoïsme. Nous nous devons, n'est-ce pas, d'accueillir toute la misère du monde, ( Rocard s'était fait virer par François Mitterrand et honni par Jacques Lang pour avoir affirmer que justement, on ne pouvait pas, qu'il avait des limites et qu'elles étaient en passé d'être dépassée ). Mais, qu'à donc la gauche à offrir comme solution ? Ouvrir un peu plus les portes à l'immigration, aux étrangers avec ou sans papiers, au nom de notre tradition de pays d'accueil ? Pour leur offrir quoi ? Du chômage ? Il y a, ici et ailleurs, des problèmes graves, de vrais problèmes. Nous n'avons trouvé que de mauvaises solutions et l'angélisme dont font preuve le parti socialiste, les gentils Verts et les ventres mous de l'UDF, ne résout rien.

Les Français en auront-ils assez de se faire traiter de racistes et de xénophobes chaque fois qu'ils osent évoquer des thèmes comme l'incivisme, l'insécurité, les sans papiers, l'immigration ? L'avenir nous le dira, pas plus tard que l'année prochaine. Nul doute que ce sera l'enjeu principal. Nicolas Sarkozy l'a bien compris, il a un bon argumentaire. Il lui reste à trouver le ton juste, celui qui lui permettra de faire passer son message.

- mention : www.pariscotedazur.fr - avril 2006 -